Le nom de famille au Pays Basque

 

Bref historique de l’usage du nom

C’est au XIIe siècle que l’usage du surnom se développe (jusqu’alors seul le nom de baptême était usité qui correspond aujourd’hui à notre prénom). Le nom de famille n’existait pas. L’explosion démographique fit qu’il devint nécessaire de pouvoir identifier les personnes par un autre moyen.

C’est avec l’apparition du livret de famille, en 1873 et sa généralisation à partir de 1879) que l’on peut considérer que l’orthographe du nom de famille se stabilise véritablement.

  • L’orthographe a été fixée tardivement en France (1880 – Livret de famille).
  • La langue basque est orale, les premiers grands écrits apparaissent au XVIe.
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Famille avec deux enfants devant une maison au Pays Basque, Feillet Hélène (1812-1889), lithographie, Bibliothèque Bilketa

Le nom et ses variantes orthographiques

Vous avez tous été confrontés à des variations orthographiques d’un même nom. Ces déformations successives, font aboutir parfois à un nom très différent de celui d’origine.N’oublions pas que beaucoup de nos ancêtres ne savaient ni lire, ni écrire. La transmission du savoir se faisait à l’oral. Le curé ou le notaire, l’officier d’état civil l’écrivait de manière phonétique.

Dominique SOLAKI d’Uhart (Uhart-Mixe) valet d’Etcheberry de Sussaute se marie en 1742 à Arbouet (Arbouet-Sussaute)  avec Dominique Aihergui fille du métayer d’Oxas d’Arbouet. Jeanne Justine SOLAQUI, leur premier enfant naît à Arbouet et 1743, elle aura une soeur Marie et un frère Clément. Leur père Domingo SOLAQUI décède à Arbouet en 1760. Clément ÇOLAQUI se marie en 1778 à Ilharre avec Marie Jauriberry. Le couple aura plusieurs enfants mais ont la douleur de perdre un fils Jean ÇOLOQUI en 1784 à Ilharre. D’autres enfants viennent cependant les combler dont :

  • Gabriel SOULAGUY, né à Ilharre en 1784.
  • Jean ÇOLAQUY qui se marie avec Anne Arosteguy à Ilharre. Jean SOLLAQUI meurt en 1842.
  • Clément ÇOLAQUY se marie lui deux fois à Ilharre : une première fois avec Jeanne Peyrusaubes, puis avec Gracieuse Garay. Clément SOLLAQUI meurt en 1878 à Ilharre.

« Bon alors je l’écris comment ce nom dans mon arbre moi maintenant ? » Choix cornélien, s’il en est ! Ou casse tête généalogique basque … A vous de choisir.

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Le domonyme : la maison donne son nom au Pays Basque

Le nom prend souvent son origine dans le nom d’une maison et la famille basque s’identifie par sa maison. Le glissement du nom de la maison au nom de l’individu, se fait donc tout naturellement. Rechercher un ancêtre au Pays Basque revient à s’intéresser à l’histoire de la maison dont il est issu ou dans laquelle il est arrivé par mariage. Pour en savoir plus sur la généalogie foncière l’article « Généalogie et maisons » vous intéressera.

Signification du nom

Le nom de la maison peut être lié à la topographie et donc en relation avec sa  situation sur le terrain par rapport à un autre bâtiment par exemple.

Compositions à partir du mot « église » ELIZA

La maison face à l’église (ELIZALDE = eliza + alde « côté », par extension proximité ; ELIZAITZINE « en face de l’église ; ELIZABEHERE en bas de l’église ; ELIZAGARAY « en haut de l’église », ELIZAIRI « domaine de l’église »).

Compositions à partir du mot « pont » ZUBI

La maison au bout du pont (ZUBIBURU, ÇUBIBURU zubi + buru, contracté en ZUBURU, ZIBURUA « Ciboure »), ZUBIETA, « lieu du pont », SUBIBEHERE « Pont du bas ».

Compositions à partir du mot « chemin » BIDE

BIDART (bide + arte « entre chemins » au sens probable de chemin intermédiaire) ; BIDEGAIN (« au-dessus du chemin ») ; ITHURBIDE (« chemin de la fontaine ») ; EIHERABIDE (« chemin du moulin »).

Il peut être lié à la profession ou à la charge de l’occupant : un artisan lui donnait bien souvent le nom de son métier. Nous trouvons ainsi la maison du forgeron (FAUTENIA), Bereterreche (la maison du prêtre), Apheztia (la maison de l’abbé), Arotzarena (la maison du forgeron), Ehulondo (la maison du tisserand).

Plus rarement, le nom peut être révélateur d’une particularité, d’un des occupants ou d’un environnement particulier composé parfois avec le suffixe(r)ena « qui appartient à » et  baita « chez ». Le prénom : GUILLEMOT « petit guillaume » (GUILEMOTENA), BERTRANHANDY (le grand Bertrand), MARTIRENA (la maison de Martin). Mais il existe de trop nombreuses significations pour que nous puissions toutes les citer ici, on se reportera pour cela avec intérêt à l’ouvrage de Jean-Baptiste Orpustan[2].

 

Particularités : le « de », le « dit », l’ »alias »,le « autrement » et le « ou »

Le de, d’ et le dit signifient l’appartenance à une maison (rien à voir avec une particule anoblissante). La difficulté s’amplifie quand la maison change de nom. Cela arrivait quand il y avait un nouveau propriétaire : maison vendue ou décrétée (saisie) par exemple. Le recoupement des sources est alors utile (archives d’état civil, notariales, cadastrales et financières, judiciaires) permettront de déceler et d’affirmer ces changements.

De l’homonymie des domonymes

Pour nous généalogistes, plusieurs clés sont indispensables pour éviter toute confusion entre deux individus :

  • une lecture à voix haute d’un nom, peut aider à appréhender les différentes orthographes possibles.
  • La référence à une signature (dont les lettres pouvaient être différentes de celles contenues dans le nom inscrit dans l’acte).
  • Pour les noms commençant par une voyelle, penser à ajouter un D, un L (Aguerre, Daguerre, Abbadie, Dabbadie, Labbadie) ou un H Aysaguer, Haysaguer. Un B initial peut se transformer en V (Bidart, Vidart). Un S initial peut être remplacé par un Ç, un CH voire un X (plus rare car moderne), Sabalé, Çabalé, Chabalé.
  • Garder l’esprit ouvert et ne pas restreindre sa recherche à une seule orthographe.
  • La lecture des actes sur une commune aide à se familiariser avec les usages du scribe du lieu.

Un même nom de maison peut exister dans différents villages. Il y a par exemple des maisons AGUERRE dans presque chaque village. Il faut donc toujours lier  une maison avec un lieu. Un nom rare peut permettre de localiser l’origine d’un ancêtre. A contrario, il ne faut pas confondre deux maisons. La difficulté s’accroît quand deux maisons portent le même nom dans deux paroisses ou communes proches géographiquement. Il est donc primordial de localiser la maison à l’aide de cartes. IGN, cadastre, Cassini seront vos meilleurs amis.

 

Conclusion

« Cherche la maison, tu trouveras tes ancêtres ou dis-moi quelle est ta maison, je te dirais qui tu es ! »

Pensez que si l’emplacement, l’aspect, la construction même ont changé, souvent le nom de la maison a traversé les siècles, nom que vous retrouverez peut-être sur les linteaux (gravés à partir du XVIe) ou sur des discoïdales anciennes.

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Discoïdale à Bidarray Photo IL

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[1] André Pées « Bayonne, noms de famille et familles de noms » Biarritz : Atlantica, 2003

[2] Jean-Baptiste Orpustan « Les noms des maisons médiévales en Labourd, Basse-Navarre et Soule », Saint-Etienne-de-Baïgorry : Izpegi, 2000

Sources : Registres paroissiaux et d’état civil, d’Arbouet-Sussaute et d’Ilharre (Archives départementales des Pyrénées-Atlantiques, 5 MI 36, 5 MI 272.

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