Généalogie et maisons

Dans les Pyrénées-Atlantiques, anciennement département des Basses-Pyrénées, il n’est pas rare de porter le nom d’une maison comme patronyme.

En Pays Basque et en Béarn, la maison est souche. LA maison pyrénéenne qu’elle soit « etxe » ou « casa », « salla », « olha » ou « borda », il a fallu la construire, la réparer, la reconstruire, l’agrandir, l’entretenir pour qu’elle soit transmise d’aîné(e) en aîné(e), d’héritier en héritier.

Arrêtons-nous en Pays Basque où l’entité « maison » est caractéristique.

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Camou-Suhast, Pyrénées-Atlantiques, 64

L’Ancien régime

En travaillant sa généalogie et en remontant les années jusqu’à aborder la période de l’Ancien régime, on va s’apercevoir que ceux qui habitaient une maison s’effaçaient face à cette entité. La maison, l’etxe en basque est le « centre » : centre de l’activité familiale, centre économique, c’est elle qui abrite et fait vivre. Par maison on entendra d’ailleurs l’ensemble du domaine. Il faut donc y ajouter les terres de diverses natures : prés, pâtures, hautains (vignes), baratz (jardin), larrain (lande plantée de chênes), futaies, touyas (terre plantée de fougères) ; les annexes et dépendances : bordes, bergeries, métairies, appentis, four, pressoir ; le mobilier, le bétail, les ruches, les outils aratoires ou permettant l’exercice d’un artisanat ; les droits honorifiques : place des femmes à l’église, sépulture, préséance dans les cérémonies et place dans les cortèges.

Les usages étaient codifiés, mais tout n’était pas réglé pour autant ! Il n’est d’ailleurs pas rare, au détour d’un acte notarié, de retrouver le récit de longues disputes pour une place mal attribuée dans un cortège et … plus le village était petit, plus l’ensemble de la population y prenait part !

Patronymes certes mais domonymes surtout !

Les généalogistes, comprendront donc très vite que leur nom de famille est bien souvent un domonyme dont l’origine prend racine dans la maison souche.  Ce nom a un sens. Il correspond par exemple à l’apparence de la maison : Etchechoury (la maison blanche), aux caractéristiques du lieu dans lequel elle est implantée : Ithurbide (le chemin de la fontaine), Errecart (entre les ruisseaux), Amestoy (le bois de chêne tauzin), Bidegain (au-dessus du chemin), Ehulondo (à proximité du tisserand)…

S’interroger sur la signification de son patronyme, c’est donc déjà, cheminer sur la compréhension de son histoire familiale.

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Bidarray, Pyrénées-Atlantiques, 64

Le premier né, c’est l’héritier

L’arbre généalogique va montrer, petit à petit, que la maison a été transmise de génération en génération, au premier né, qu’il soit garçon ou fille, « mâle ou femelle » comme disait les notaires et les actes anciens. Ce premier né, c’est l’héritier. Dans la première partie de sa vie, on va lui apprendre à choyer cette « etxe » qui lui sera transmise plus tard. Ce n’est qu’au moment de son mariage que cette transmission sera possible. Cet héritier deviendra le « maître » de la maison, son père et sa mère les « maîtres anciens ». A charge pour lui de maintenir le domaine, de le développer et de le transmettre à son tour à sa descendance. Il y travaillera avec son conjoint, le plus souvent « cadet » d’une autre maison, qui en entrant dans la nouvelle, est devenu « maître adventice ». C’est l’application la plus commune de la Coutume ancienne : l’héritier(e) épouse un ou une cadette. L’objectif de cette règle est simple : il s’agit d’éviter le partage, le morcelage du domaine (l’exalde). On assure ainsi la conservation d’un bien dans son intégrité, l’occupant n’étant là que comme transmetteur, en échange de ce que ce bien va lui apporter : protection, nourriture, unité.

Et 1789 ?

Avec la Révolution et le Code civil finit le droit d’aînesse. Il n’est plus question de primogéniture et de transmission du domaine à l’héritier premier né : tous les frères et sœurs composant la fratrie ont leur part « réservée ». Tant que la succession n’est pas réglée, c’est l’indivision … et on « s’arrange » entre parents et enfants soit pour la faire perdurer, soit pour permettre à l’un d’eux de devenir l’unique héritier donc l’unique possesseur du bien en dédommageant (réellement ou pas) les autres frères et sœurs renonçant à cette part. Bien souvent l’entente se fait à l’amiable, en famille, dans l’expectative de garder le domaine et son exploitation en entier et d’en assurer ainsi la pérennité.  Malgré la loi, à laquelle on s’adapte, la maison garde ainsi son rôle central, protecteur et refuge :  symbolique de l’unité familiale.

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Irissarry, Pyrénées-Atlantiques, 64. « Maison Bidonde faite par Marie Indart veuve Meharo en lan 1840 »

Les recherches généalogiques en Pyrénées-Atlantiques sont donc très liées à l’histoire de la maison souche pyrénéenne. Il est parfois plus judicieux d’entreprendre une généalogie « foncière » et d’étudier les dévolutions successives d’un domaine familial que d’aborder son arbre sous le seul angle du classique « père-mère » par le biais de l’état civil.

Indications bibliographiques

Anne Zink, L’héritier de la maison, géographie coutumière du Sud-Ouest de la France sous l’Ancien Régime, Paris : EHESS, 1993.
Maïté Lafourcade, Mariages en Labourd sous l’Ancien Régime, Bilbao : Universidad del Pais Vasco, 1978.
Collectif, Etxea ou la maison basque, Saint-Jean-de-Luz : Lauburu, 1980.
Jean-Baptiste Orpustan, Les noms des maisons médiévales en Labourd, Basse-Navarre et Soule, Saint-Etienne-de-Baïgorry : Izpegi, 2000.
Martine Bacque-Cochard, Petites exploitations rurales en Pays Basque français (1850-1900), thèse de Doctorat en histoire, université Lyon 2, 2004.

Publications régionales (Association Gen&O)

  • Etxe, casa, salla, borda : je veux raconter votre histoire (2012)
  • Héritier et cadet, comment se transmet la maison au Pays Basque ? (2009)

 

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