Geneatheme : les migrations de nos ancêtres

Du Pays Basque, ils ont été nombreux à franchir l’océan pour émigrer vers les terres américaines. USA, Argentine, Chili, Uruguay, Cuba … ces pays ont attiré des milliers  de Basques mais aussi de Béarnais, d’Aveyronnais et de Savoyards … entre autre !

Le Port de Bayonne
Médiathèque de Bayonne

Les jeunes basques partaient de Bayonne, d’Espagne (de Pasajes) mais aussi de Bordeaux ou du Havre. Ce voyage se préparait longtemps à l’avance car il nécessitait de l’argent pour payer la traversée qui durait plusieurs semaines et donc l’entretien et la nourriture à bord du bateau.

Pour y pourvoir on s’adressait à un agent qui organisait le voyage, ces derniers recrutaient massivement, leurs primes financières dépendant du nombre de migrants qu’ils faisaient traverser.

Des agences de recrutement

C’était sur les marchés ou via les journaux locaux que les agents faisaient publicité, vantant l’Eldorado dans lequel, forcément, les candidats à l’émigration arriveraient. Promesse de richesse et de réussite sociale, tout était dit pour appâter le client, les « marchands de palombes » (uso martxantak en basque), trouvaient toujours les mots justes pour convaincre.

Ces agents pouvaient dépendre d’un agence ou être indépendants. La première grande agence de recrutement fut fondée à Montevideo par Samuel Lafone. Cherchant à faire venir des migrants depuis le Pays Basque pour peupler l’Uruguay, il choisit Alfred Bellemare à Bayonne et Philippe Labarraque à Saint-Etienne-de-Baïgorry pour représenter son agence Lafone &Wilson. D’autres agences furent créées à Bordeaux dont Colson, Depas, Meric, Gautherin ou encore à Paris avec Henri Zuber agent de la Compagnie Générale Transatlantique.

Des sous agents

Mais ce sont surtout les agents qui assuraient le lien entre les candidats au départ et l’agence. Guillaume Apheça natif de Béhasque-Lapiste, Charles Grison de Tardets, Léon Inchauspé de Saint-Jean-Pied-de-Port travaillaient pour Colson, Firmin Iralour, Jean-Baptiste Monlong, François Sallenave ou Saturnin Rodrigo pour Depas, alors que Guillaume Jaureguy et Louis Sehabiague oeuvraient pour Zuber avec Chabagno des Aldudes.

Ils étaient nombreux au Pays Basque et se disputaient parfois âprement la place. Jean-Baptiste Monlong n’est pas le dernier pour s’en plaindre : « Alité avec une forte bronchite depuis une douzaine de jours », il commence ainsi la lettre qu’il adresse au sous-préfet pour « l’aviser des méchants procédés des associés Chabagno et Jauréguy » faisant selon lui « leur possible pour l’empêcher de travailler pour l’émigration ».

Extrait de la lettre que Jean-Baptiste Monlong adresse au Sous-Préfet de Mauléon
Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, service des Archives, 2 Z 85
Liste nominative des sous-agents
Conseil départemental des Pyrénées-Atlantiques, service des Archives, 2 Z 85

Une accréditation

On ne s’auto-proclamait pas agent recruteur, il fallait quand même obtenir une accréditation auprès du Ministère français du Commerce et de l’Agriculture et verser une caution. La loi du 18 juillet 1860 sur l’émigration et les Décrets des 9 et 15 mars 1861 ont d’ailleurs renforcé ces démarches pour prévenir le risque de dérive qu’auraient pu exercer les agents. Les sous-agents, dépendants donc d’une agence, devaient obtenir une procuration authentique.

Mais cela n’a pas empêché les abus, l’attrait pour l’argent étant comme souvent bien trop fort. Le Préfet des Basses-Pyrénées s’en émeut d’ailleurs en janvier 1902

Un métier lucratif

L’agent recruteur avait pour mission d’organiser la traversée avec un armateur ou une compagnie maritime : date du voyage, nombre de passagers, couchettes, repas étaient prévus. Il établissait un contrat à l’intention du migrant qui devait s’acquitter d’une somme (conséquente) immédiatement ou par obligation rédigée par un notaire.

Jozille Castet a bien compris l’intérêt de cette activité et tout ce qu’elle pouvait lui rapporter. Recrutant dans le secteur de Saint-Palais en Basse Navarre, se présentant comme rentier, il fait ainsi passer un bon nombre de ses concitoyens, comme en témoignent les nombreuses obligations qu’il fait rédiger par le notaire Soustrat d’Aroue. Martin Bordarampé est l’un d’eux. Ce charpentier, habitant Domezain-Berraute, désire se rendre à Buenos Aires en Argentine, Jozille organisera le voyage, au départ du port de Bayonne ou d’un port espagnol, assurera sa nourriture à « l’entrepont » moyennant la somme de 300 francs. Martin ne peut pas verser la somme tout de suite, reconnait la devoir et la paiera d’ici un an car au-delà les intérêts à 5% s’appliqueront.

De surcroît, Jozille s’assure qu’il sera payé d’une manière ou d’une autre puisqu’il assortit ses transactions d’une caution : c’est le grand-père de Martin qui se porte garant. Tous deux hypothèquent tous leurs biens pour ce faire.

Son collègue, Ulysse Etchebarne lui aussi rentier, procède de la même manière.

Obligations passées devant le notaire Soustrat en 1852
Voyageurs Destination Bateau Prix à payer Agent recruteur
PRAT Jean-Pierre et Marie Buenos Aires La Coralie 500f Zozille Castet
BORDARAMPÉ Martin Buenos Aires 300f Zozille Castet
EPIPHANE Jacques et ESCARAY Marianne Buenos Aires 600f Zozille Castet
GUILLEMTEGUY Arnaud Montevideo 300f Zozille Castet
GELOS Laurent Montevideo L’Utile 300f Ulysse Etchebarne
RECALT Jacob et Jacques Montevideo ou Buenos Aires l’Utile 530f Ulysse Etchebarne
DIBOS Jean Montevideo ou Buenos Aires 300f Ulysse Etchebarne
HARRAMBURU Pierre Montevideo ou Buenos Aires 200f Ulysse Etchebarne
ALTHAPARRO Jean Montevideo ou Buenos Aires 300f Ulysse Etchebarne

La fin du voyage

Le pont d'un navire arrivant à Ellis Island remplis d'émigrants, 1913 - Agence Rol - Gallica BNF
Le pont d’un navire arrivant à Ellis Island remplis d’émigrants, 1913 – Agence Rol – Gallica BNF

Après une traversée souvent très pénible, longue, fatigante, dans l’entassement et la malnutrition et où la mort rodait parfois, l’arrivée était quand même une délivrance même si le voyage ne s’arrêtait pas là. Après un passage par Ellis Island, ils repartaient vers leur destination finale, anxieux d’en finir et d’arriver au bout du périple car le naufrage était toujours possible. La Leopoldina Rosa en 1842, la Lise Amélie en 1868, l’Hoogly en 1878, le Cantabria en 1912, le Principe de Asturias en 1916, la Santa Isabel en 1921 qui avaient entraîné de nombreux migrants dans la mort lors de leur naufrage avaient marqué les esprits à tout jamais.

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